• Quatre barques géantes de 2000 ans découvertes sur un chantier

    A Lyon, l'Antiquité squatte le parking. Par Eliane PATRIARCA - Mardi 02 décembre 2003 - Libération

    De la rue qui borde la Saône, rive droite à Lyon, au pied de l'église Saint-Georges, le regard plonge à six mètres de profondeur dans les entrailles de ce qui deviendra un parking de 700 places. A l'extrémité est, pelleteuses et ouvriers casqués au travail pour terrasser et couler coffrages et piliers. A l'extrémité ouest, trois silhouettes casquées elles aussi, courbées ou à genoux et absorbées dans des travaux minutieux : épousseter, mesurer, étiqueter, dessiner... A l'est, le chantier du parking avance ; à l'ouest, les archéologues sont engagés dans une lutte contre le temps depuis la découverte exceptionnelle qu'ils ont faite début octobre : quatre grandes barques en bois datant de l'Antiquité, que les habitants du quartier ont pris l'habitude de venir contempler.

    De la quatrième, on n'aperçoit plus que le bord, en chêne. La paroi moulée du chantier l'a coupée en deux, enfouissant le reste dans le béton. Les trois autres sont serrées l'une contre l'autre. Comme échouées sur un banc de sable. Amolli par les siècles et l'humidité, leur bois s'est étiré pour épouser la forme incurvée du sol. "Ce sont des embarcations à fond plat qui devaient servir à transporter de grosses cargaisons de marchandises, vu leur taille", explique Grégoire Ayala, le responsable des fouilles pour l'Inrap (Institut national de recherches et d'archéologie préventive). La plus grande mesure 18 mètres de long sur 4 de large et pèse plus de 30 tonnes, la plus petite, 11 mètres sur 2. Leur membrure est faite de bois, résineux et chêne, qui sont assemblés par cloutage, le calfatage est en tissu. "C'est une forme parfaitement adaptée à la navigation fluviale, avec un faible tirant d'eau. Tout ce que nous avons retrouvé autour montre qu'elles datent du Ier ou IIe siècle après J.-C." Sur la plus grande, on distingue l'emplanture d'un mât de halage"probablement animalier ou humain". "C'est un témoignage fondamental sur la navigation et l'architecture fluviale de cette période, s'enthousiasme Grégoire Ayala, il n'y a pas d'autre exemple en France de barques de cette taille et de cette époque."

    Port de quartier.Ainsi disposées, ces barques suggèrent aussi l'existence sur le site d'un débarcadère, et c'est justement tout l'enjeu des fouilles entreprises par les archéologues de l'Inrap que de reconstituer l'histoire de l'urbanisation de ce quartier lyonnais. "Nous connaissions grâce à un document du XVIe siècle l'existence d'un port de quartier dans cette zone. Mais nous ne disposons d'aucun témoignage, iconographique ou textuel, sur l'époque médiévale ou antique, c'est pourquoi ces quatre barques sont une découverte inouïe. A partir de quand le site a-t-il été urbanisé ? Quels aménagements de berges ont été faits à travers les siècles ? Depuis quand la zone est-elle rattachée à Lyon ? C'est à toutes ces questions que nous devons répondre."

    En avril, les archéologues avaient déjà mis au jour une barque du XVIIIe siècle. Ils ont aussi trouvé de nombreux vestiges, dont les marches d'un port. Grégoire Ayala a donc négocié avec Lyon Parc Auto (LPA), la société d'économise mixte qui construit le parking, pour que le chantier soit ralenti durant un mois. Les vestiges ont ainsi pu être exposés pendant les journées du patrimoine en septembre, attirant 6 000 visiteurs. Une exception car, depuis l'arrivée des archéologues en novembre 2002, les deux chantiers ­ fouilles et construction ­ se sont adaptés en permanence, coexistant malgré des impératifs différents, des cultures professionnelles opposées et grâce à des compromis. "Nous fouillons, nous évacuons la terre, nous dégageons les vestiges. Nous essayons d'aller le plus vite possible, explique Grégoire Ayala. Puis nous laissons le terrain aux ouvriers."

    Tronçonnage.Mais la découverte des barques a tout bousculé. "Depuis la fin octobre, nous avons pris du retard, confirme François Gindre, directeur de Lyon Parc Auto, même si on ne sait pas de combien de mois on va déraper."LPA avait prévu de livrer le parking en 2005. La société d'économie mixte, qui consacre 20 % de son budget aux fouilles, soit 3,6 millions d'euros sur 20 millions, envisage de demander aux collectivités locales et à l'Etat de l'aider pour faire face aux dépassements de délai et de budget entraînés par l'arrêt du chantier. Les archéologues espèrent que le conseil général du Rhône, dont dépend le Musée gallo-romain de Lyon, acceptera de financer l'évacuation des barques. Car ils ne pourront, à eux seuls, les dégager . Elles doivent être transportées jusqu'au laboratoire Art Nucléart de Grenoble, où le bois sera traité et restauré. "Elles sont énormes. On va probablement devoir les tronçonner. Mais on ne peut pas aller plus vite, insiste Grégoire Ayala. Ces barques ont deux mille ans et les découvertes exceptionnelles arrêtent le temps."



  • Commentaires

    1
    Grizzli
    Dimanche 31 Octobre 2004 à 11:39
    Théme super mais !
    Carractères blanc sur fond rouge, très dur à lire.... Si non, blog super. Félicitations
    2
    chastel
    Mercredi 29 Avril 2009 à 08:54
    4 barques géantes de 2000 ans
    Nous sommes une association nommée Aigues navales, sise à Aigues Mortes (30) et dont l'objet est "connaissance de l'histoire et des traditions fluviomaritimes et lagunaires du littoral méditérranéen et de la Baie d'Aigues mortes à travers les ages". La navigation sur le Rhône qui pour partie concerne son delta est donc un sujet qui nous intéresse. Pouvez vous nous informer sur le devenir de ces barques et des travaux archéologique que vous avez du développer. Notre association serait heureuse de créer avec vous un lien informatif, voir même des actions en synergie. Par avance merci.
    3
    rollat
    Jeudi 28 Mai 2009 à 18:52
    Barques de 2000 ans !!!
    L'information est inexacte jsuq'à preuve du contraire beaucoup plus récente, d'ailleurs une réplique est au musée archéologique de St-Romain en Gal.
    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :